Une décennie de visibilité accrue

En 2016, la Fête du court-métrage naissait avec une ambition simple : faire découvrir le format court au plus grand nombre. Dix ans plus tard, le constat est sans appel : l’objectif est atteint. Chaque année, 20 000 séances (projections, ateliers, rencontres) sont organisées dans des lieux aussi variés que des cinémas, médiathèques, écoles, hôpitaux, ou même des prisons. En 2026, la programmation officielle compte 32 programmes et 139 films, couvrant tous les genres (fiction, documentaire, animation, expérimental) et tous les publics, des enfants aux professionnels.

Portée par l’Agence du court-métrage, la Fête a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable, offrant une vitrine nationale à des œuvres souvent reléguées aux marges des salles. Grâce à des partenariats avec des festivals (Clermont-Ferrand, Cannes), des institutions (CNC, UniFrance), et des plateformes (Brefcinema, Tënk), elle a permis à des centaines de films de toucher un public bien plus large que celui des circuits traditionnels.


Chiffres clés : une dynamique indéniable

➡️ 20 000 séances par an, dans plus de 5 000 communes.

➡️ 139 films proposés en 2026, issus d’un catalogue de 15 569 titres référencés par l’Agence du court-métrage.

➡️ 780 650 € reversés aux ayants droit en 2023, soit une hausse de 13 % par rapport à 2022.

➡️ 190 000 entrées en salles pour les programmes scolaires, preuve que le court-métrage séduit aussi les jeunes publics.


Bilan positif : un format qui gagne en légitimité

La Fête du court-métrage a réussi à installer durablement le format court dans le paysage culturel français. Pour les réalisateurs et producteurs, elle offre une exposition rare : être sélectionné dans la programmation officielle, c’est bénéficier d’une visibilité nationale, voire internationale. Les Talents de la Fête (comme Mélody Boulissière, Bogdan Stamatin, ou les réalisatrices primées à Clermont-Ferrand) en sont la preuve : leur travail, souvent autoproduit ou issu de petites structures, trouve ici un levier de reconnaissance inestimable.

La Fête a aussi su fédérer une communauté autour du court-métrage, en impliquant des villes ambassadrices (plus de 15 en 2026) et des organisateurs locaux (9 000 en 2026), qui relaient l’événement toute l’année.


Les limites du modèle : les questions qui fâchent

1. La rémunération : un modèle encore fragile

Malgré les 780 650 € reversés aux ayants droit en 2023, la rémunération des créateurs reste symbolique pour la plupart. Les droits de diffusion (projections publiques, VOD, TV) sont souvent forfaitaires ou proportionnels, et les montants perçus par film restent très faibles — surtout pour les œuvres autoproduitesunifrance.org.
Le paradoxe : La Fête, en multipliant les diffusions gratuites ou low-cost, contribue-t-elle à dévaloriser le travail des créateurs ?

2. La sélection : un accès inégal

La Fête ne fait pas d’appel à films : sa programmation repose sur des visionnements en festivals et des échanges avec les distributeurs. Résultat, les films non primés ou issus de circuits alternatifs peinent à y figurer.
Le risque : Renforcer les inégalités au sein d’un secteur déjà très compétitif.

3. Les zones blanches : une couverture incomplète

Si la Fête touche 5 000 communes, elle reste peu présente dans les zones rurales ou les quartiers prioritaires, où les salles et médiathèques manquent souvent de moyens.
L’enjeu : Comment élargir l’accès sans alourdir la logistique ?


Perspectives : vers une deuxième décennie ambitieuse

Pour rester fidèle à sa mission, la Fête du court-métrage doit relever trois défis :

1️⃣ Améliorer la rémunération des créateurs, en négociant des droits plus équitables et en développant des modèles économiques hybrides.

2️⃣ Élargir la sélection, en ouvrant des appels à films ponctuels pour les réalisateurs indépendants.

3️⃣ Conquérir les zones blanches, via des partenariats avec les collectivités locales et le numérique.